L'animation imprègne de nombreuses strates de notre vie : l'animation périscolaire et extrascolaire dans l'enfance, les événements des BDE dans les études, les festivals ludiques ou non durant l'âge adulte. L'animation est censée rassembler, mais doit pourtant composer avec des conditions de travail spécifiques, des baisses de budget et un manque flagrant de formation. Dans ces conditions, mettre en place des pratiques inclusives relève-t-il d'un idéal difficile à atteindre ou d'une nécessité accessible à tous ?
Pourquoi devrait-on favoriser l'inclusion dans l'animation ?
Quand on pense inclusion, on pense en premier lieu au handicap. Cependant, l'inclusion est en réalité beaucoup plus large que cela. Il ne s'agit pas seulement de rendre le quotidien le plus facile pour tous, mais aussi de permettre à chacun de participer aux activités dans les meilleures conditions possibles, quels que soient ses besoins.
De nombreuses adaptations se sont démocratisées dans notre quotidien et bénéficient à tout le monde, comme la télécommande pensée pour les personnes à mobilité réduite ou le SMS pour contourner les déficiences auditives. Dans l'animation, par de petites astuces, il est aussi possible de rendre l'inclusion plus durable.
- Une chaise sur une animation qui se pratique debout : cela permet à tout public ayant besoin de se reposer de le faire sans avoir à demander l'autorisation.
- Éviter les jeux basés sur la couleur : vous évitez de discriminer des personnes daltoniennes qui ne sont pas obligées de se signaler et profitent tout de même.
Favoriser l'inclusion, c'est concevoir des animations qui profitent au plus grand nombre. Les adaptations pensées pour certains participants améliorent souvent l'expérience de l'ensemble du groupe.
Et les conditions de travail dans tout cela ?
Dans la société actuelle, être animateur est complexe. Entre les horaires découpés, le manque de budget et le manque de formations, on pourrait penser à une incompatibilité totale avec l'inclusion. Contrairement aux idées reçues, elle ne nécessite pas toujours du matériel coûteux ou des heures de préparation supplémentaires. Bien souvent, elle repose sur une manière différente de concevoir les activités et d'anticiper les besoins des participants.
L'inclusion ne demande pas forcément plus de moyens financiers. Elle demande surtout du temps et de l'attention portés à son public.
5 astuces pour amener l'inclusion dans vos animations
1. Écoutez votre public
La première règle de l'inclusion est de connaître votre public et surtout d'écouter ses besoins, en somme votre quotidien.
Est-ce que vous créez un super jeu de piste sur 4 km avec des énigmes incroyables et des codes complexes à déchiffrer pour des petites sections de maternelle ? J'en doute. Vous vous adaptez à eux. C'est la première règle de l'inclusion, mais il faut faire attention à plusieurs clichés. Par exemple, un adulte ne sachant pas lire ne doit pas avoir une animation pour enfant, juste une animation dont il peut profiter sans être confronté à la lecture.
Écouter votre public est la base de l'inclusion et bonne nouvelle : vous le faites au quotidien.
2. Créez des points de fuite
Il est parfois complexe d'être concentré sur une activité de bout en bout sans parfois décrocher ou avoir besoin de repos mental et physique. N'hésitez pas à créer des points de fuite.
La base est une chaise pour s'asseoir au cœur de l'activité, et une autre un peu en retrait pour faire des coupures dans l'activité pour le repos physique mais aussi mental. Si l'activité est sonore, créez des points de fuite de silence aussi ; visuel, laissez des espaces plus neutres pour le repos du cerveau. N'hésitez pas également à faire un coin de repos banalisé à l'extérieur de l'activité, mais qui permette d'y revenir quand on le peut.
Ces points de fuite doivent être banalisés et glisser dans le décor de manière à ne pas discriminer la personne qui y va, et de manière à ce que, si elle le souhaite, elle puisse continuer à participer mais plus tranquillement.
Après tout, qui n'a jamais eu besoin de souffler quelques minutes au cours d'une activité pourtant appréciée ?
3. Adaptez le matériel
Ce conseil peut effrayer. En effet, quand on parle d'adaptation du matériel, cela peut tout de suite faire penser au budget. En escape game, un cadenas inclusif par exemple voit son prix presque tripler. Cependant, il n'y a pas besoin de gros budget pour adapter.
- Papeterie : lorsque c'est écrit ou dessiné, n'hésitez pas à écrire plus gros avec une police lisible. On peut notamment citer Verdana ou Arial, comme le conseille le site Poppins, spécialisé dans la dyslexie.
- Français simplifié : utilisez-le si vous avez besoin de supports écrits. Il est plus facile à écrire que le FALC1 et reste très lisible.
- Pictogrammes : délimiter les espaces et les actions grâce à des icônes ou pictogrammes peut fluidifier l'animation pour tous. Cela vous évite de répéter plusieurs fois la consigne et permet d'imprimer visuellement l'action. En matière de signalétique, l'excès est rarement un problème : quelques pictogrammes supplémentaires sont souvent plus utiles qu'un manque de repères visuels.
4. Pensez aux règles de base de l'accessibilité
Un lieu respectant les règles de l'accessibilité ne veut pas nécessairement dire une animation accessible. C'est aussi à nous, en tant que professionnels, de penser l'accessibilité dans nos installations.
Parfois, rajouter trois chaises dans une pièce peut modifier toute la circulation du lieu et empêcher certaines personnes de circuler correctement. Prévoyez idéalement au moins 1,20 m de couloir de circulation. Cela peut tout changer. Ensuite, protégez les endroits dangereux comme les coins de table et signalez les dangers de manière explicite et multisensorielle. Ces petites choses peuvent devenir permanentes dans votre aménagement.
5. Écoutez et adaptez
L'inclusion naît aussi de votre posture. La manière dont vous expliquez les règles et menez votre animation peut tout changer : parlez à un rythme normal, en articulant et avec pédagogie. N'hésitez pas à reformuler lorsque vous voyez l'incompréhension de votre public plutôt que de répéter. Surtout, veillez à ne jamais transformer les difficultés d'un participant en caricature ou en sujet de moquerie, même involontairement.
L'objectif n'est pas de mettre en avant les différences, mais de permettre à chacun de participer dans les meilleures conditions possibles.
Le meilleur outil d'inclusion n'est peut-être ni un budget supplémentaire ni un matériel spécialisé. C'est la capacité de l'animateur à observer, écouter et s'adapter aux besoins de son public.Passages Imaginaires
Conclusion
L'inclusion peut parfois représenter un coût financier, notamment lorsque l'on souhaite investir dans du matériel spécialisé ou adapter durablement un lieu. Pourtant, à l'échelle d'un animateur, elle repose avant tout sur deux ressources : le temps et l'attention portés à son public.
Passages Imaginaires en est un bon exemple. Depuis sa création en 2024, de nombreux investissements ont été réalisés et d'autres restent encore à prévoir. Pourtant, les premières démarches inclusives n'ont pas commencé avec un budget, mais avec une réflexion : écouter les besoins des participants, adapter les règles, repenser les espaces et faire évoluer nos pratiques.
L'inclusion n'est donc pas un objectif que l'on atteint une fois pour toutes. C'est une démarche continue, faite d'observation, d'expérimentation et d'amélioration. Elle ne sera jamais parfaite, mais chaque petit ajustement peut permettre à davantage de personnes de participer pleinement à une activité.
Si la création d'animations inclusives est un sujet qui vous intéresse, n'hésitez pas à découvrir nos formations, notamment « Créer un escape game inclusif ».
1 FALC : Français Facile à Lire et à Comprendre. ↑